La Malheureuse Famille Calas, La Mere, les deux Filles, avec Jeanne Viguière, leur bonne Servante, le Fils et son ami, le jeune Lavaysse

Date :1765
Note :
Estampe
Domaines :Arts graphiques

Éditions de l'œuvre

Images1 document

  • La Malheureuse Famille Calas. // La Mere, les deux Filles, avec Jeanne Viguière, leur bonne Servante, le Fils et son ami, le jeune Lavaysse.

    [estampe]

    Description matérielle : 1 est. : gravure en taille-douce ; 29,4 x 42,4 cm
    Description : Technique de l'image : estampe. - burin. - eau-forte
    Note : Au bas, 2 vers de Lucrèce : "Qualibus in tenebris vitae quantisque periclis...", puis la mention du privilège
    Il existe une copie anonyme de même grandeur mais en sens inverse et une réduction, dans le même sens, de Peter Gleich (Hennin, 106, p. 21-22)
    Le tableau de Carmontelle et l'estampe de Delafosse furent exécutés l'année même de la réhabilitation de Calas (1765). Ce n'est pas Voltaire, comme on serait tenté de le croire, qui eut l'initiative de ces œuvres d'art. Mais le patriarche de Ferney fut un des premiers à souscrire et s'inscrivit pour 12 épreuves (lettre à Damilaville, 29 avril 1765)
    C'est Grimm qui, pour émouvoir les âmes "sensibles" en faveur de la malheureuse famille, eut l'idée de faire graver une estampe qui la représente et d'en offrir le produit à la veuve de l'innocent condamné. Il commanda le tableau à Carmontelle, qu'il appréciait pour l'agrément de son dessin et son habileté à "saisir avec la ressemblance l'esprit et le caractère d'une figure". En avril 1765, il écrivait, après avoir fait une description détaillée de l'œuvre de Carmontelle : "L'ensemble de ce tableau sera donc intéressant de toutes manières. Notre projet est de le faire graver et d'en offrir la planche à M.me Calas. Nous ne pouvons partager avec personne le bonheur de contribuer aux frais de la gravure. Il est juste que le petit nombre d'amis à qui cette idée est venue en conserve le privilège exclusif ; mais nous comptons faire ouvrir une souscription pour l'estampe au profit de cette famille si digne de l'intérêt de toute l'Europe. Chacun pourra prendre part selon ses facultés... Nous n'offrirons pas au public un chef-d'œuvre de gravure, mais nous lui offrirons les traits de la vertu et de l'innocence barbarement outragées et faiblement vengées : ce tableau est sans prix, s'il peut servir aux cœurs sensibles de prétexte pour remplir les vues de leur bienfaisance."
    Pour le choix du graveur, Grimm semble avoir hésité. Il s'adressa d'abord à Wille ("Journal", I, p. 237) et, sur son refus, confia la tâche à Delafosse, avec lequel il signa la convention suivante : "M. de La Fosse s'engage à graver le tableau que M. de Carmontelle a fait de la famille Calas. Il promet d'y employer tout son talent et tout son savoir, de terminer lui-même la planche, qui sera de la grandeur du tableau, sans y laisser toucher d'autres mains, et il ne dépendra pas de lui que cette planche à laquelle il mettra son nom, ne devienne son chef-d'œuvre. Les épreuves seront soumises à l'examen de M. de Carmontelle. M. de La Fosse promet de livrer cette planche entièrement terminée à M. Grimm, au plus tard le 15 août 1765. M. Grimm promet de payer à M. de La Fosse la somme de douze cents livres le jour qu'il lui remettra la planche entièrement terminée. Fait double à Paris ce 10 mai 1765 et signé par les deux contractants."
    Grimm rédigea aussitôt un "Projet de souscription pour une estampe tragique et morale", qui fut imprimé et tiré à 5.000 exemplaires (1765, in-8°, 11 p.). On y lit : "... M.me Calas avec ses enfants et le compagnon fortuit de ses malheurs, M. Lavaysse, ayant bien voulu se prêter à nos désirs, M. de Carmontelle... connu par ses dessins pleins d'esprit et de facilité a composé un tableau que quelques-uns des plus grands maîtres de l'Académie de peinture ont honoré de leurs suffrages. Ce tableau se grave actuellement par M. de La Fosse, avec approbation et privilège du Roi, aux frais d'un petit nombre de personnes que l'amitié réunit depuis longtemps et qui ont cru devoir réserver au premier et au plus généreux défenseur de cette famille opprimée [Voltaire] le droit de contribuer avec elles à l'exécution de leur projet. Ce tableau offrira six portraits de la plus grande ressemblance. C'est une mère respectable par son âge et par son caractère, sur le visage de laquelle l'infortune a laissé des traces qui ne s'effaceront plus. Ce sont deux jeunes filles [Rose et Nanette Calas] d'une figure intéressante et pleine de décence. C'est un fils [Jean-Pierre Calas] qui a presque perdu la vue dans l'obscurité des cachots. C'est un jeune homme [Alexandre-Pierre-Gualbert Lavaysse], à qui ni les larmes et les inquiétudes d'un père, ni l'artifice des insinuations tantôt les plus douces, tantôt les plus effrayantes, ni les apprêts d'un supplice presque certain, n'ont pu arracher un mot qui compromît l'innocence, et qui a soutenu l'épreuve la plus redoutable à laquelle la Vertu puisse être exposée à un âge dont l'inexpérience semble dispenser de pressentir les suites et l'importance des actions. C'est une servante [Jeanne Viguière], âgée de soixante et dix ans, dont un seul mot équivoque aurait scellé irrévocablement l'arrêt de mort de ses maîtres, et qui, malgré l'infériorité de son état et la diversité de sa croyance, est restée inébranlable dans le témoignage qu'elle devait à la vérité. Le fond du tableau représente la prison où M.me Calas s'est rendue pour se soumettre au jugement souverain prononcé le 9 mars dernier aux requêtes ordinaires de l'hôtel du roi... Le public pourra se procurer cette estampe aux conditions suivantes : on souscrira six livres par exemplaire pour lesquelles il sera délivré un reçu..., et c'est en rapportant ce reçu qu'on recevra l'estampe. Quoique par les arrangements qu'on a pris la planche doive être achevée et l'estampe en état de paraître avant le mois de septembre prochain, la souscription sera ouverte jusqu'à la fin de l'année 1765, afin que l'éloignement des lieux n'empêche personne d'y prendre part. Les exemplaires seront distribués aux souscripteurs dans les endroits où ils auront souscrit. Chaque estampe portera un paraphe ou un cachet qui sera indiqué, afin de prévenir la contrefaçon que le privilège du Roi rendrait punissable dans le royaume et qu'en cette circonstance le soin de l'honnêteté publique empêchera sans doute dans tout pays. Il n'y aura que la voie de la souscription pour se procurer cette estampe, et, la souscription fermée, elle ne sera plus à vendre... Chacun jouira de la faveur de fixer à son choix et à sa volonté un prix à la souscription au delà du prix indiqué, et dans chaque reçu qui sera délivré, il sera fait mention de la somme souscrite, ainsi que du nombre des exemplaires que le souscripteur s'est réservé. Pour rendre au public un compte exact du bien de ces orphelins, on se mettra en état, dès que la souscription sera fermée, d'en publier la liste avec les sommes reçues et le nombre des exemplaires distribués... Lu et approuvé, ce 17 juillet 1765. Morin. Vu l'approbation, permis d'imprimer, ce 18 juillet 1765. De Sartine."
    L'estampe de la famille Calas fut l'occasion dans toute l'Europe d'un généreux mouvement d'humanité. Les souscripteurs furent nombreux en France et à l'étranger ; ils appartenaient à toutes les classes de la société. On relève dans la liste les noms les plus illustres et ceux d'humbles artisans : l'impératrice de Russie, qui s'inscrivit pour 50.000 livres, la duchesse de Saxe-Gotha, la princesse Palatine la princesse de Hesse-Darmstadt, Horace Walpole, Mozart, "maître de chapelle du prince-archevêque de Salzbourg", la marquise de Polignac, le comte de Schomberg, M. et M.me Necker, M.me Geoffrin, Helvetius, Diderot, le maître-maçon André Souhart,...
    Tout semblait marcher à souhait, quand on apprit soudain que le Parlement faisait opposition et que, sur son ordre, le lieutenant de police suspendait la souscription. On devait s'y attendre. "J'avais tout prévu et tout dit à Grimm, qui s'en est moqué", écrivait Diderot à M.lle Volland, le 18 août 1765. L'opposition du Parlement était basée sur trois motifs : 1° Voltaire semblait être l'instigateur du projet, 2° l'estampe était un monument injurieux pour le Parlement de Toulouse, 3° on faisait du bien à des protestants. L'affaire n'eut pas cependant de suites fâcheuses. Elle se termina par un compromis. L'autorité ferma les yeux sur la souscription, à condition qu'on ne fît pas de publicité. En septembre 1765, Grimm écrivait : "On a accordé une espèce de tolérance pour l'estampe de la famille Calas... Le mal s'est fait publiquement et le bien se fait en secret ; et pour ne pas choquer la délicatesse de Messieurs du Parlement de Toulouse, qui ont eu le malheur d'assassiner juridiquement un père de famille, on pourra bien souscrire pour l'estampe, mais on ne pourra annoncer cette souscription ni dans le "Mercure de France" ni dans les autres papiers publics ; du reste, quoique la planche soit achevée, l'estampe ne sera tirée et délivrée que lorsque la souscription sera fermée. Alors on fera le dénombrement des estampes demandées, et l'on n'en tirera pas une au delà." La distribution se fit en 1766. Bachaumont l'annonçait le 28 mars : "L'estampe représentant la famille Calas, dont on a tant parlé et qui avoit été arrêtée par des ordres supérieurs, va enfin se distribuer."
    En dépit de la clause formulée dans le projet de souscription, la gravure de Delafosse ne tarda pas à se débiter chez les marchands d'estampes : "Monsieur, écrivait le graveur à Grimm le 5 juin 1766, l'imprimeur vient de m'envoyer deux cents épreuves que voici. Basan, marchand d'estampes est venu me demander s'il pouvait en avoir dix. J'ai cru que vous ne trouveriez pas mauvais que je les lui laisse prendre. Il m'en a remis le montant sur le pied de cent huit sols, qui font la somme de cinquante-quatre livres que mon garçon doit vous remettre. Partant reste pour cent quatre-vingt-dix estampes. M.me Calas... me paroit toujours inquiète sur les estampes que vend au public le marchand qui est dans la cour du manège des Tuileries [probablement Bligny]. J'ai demandé à M. Basan si ce n'était pas lui qui lui en avait fourni. Il m'a répondu qu'il en étoit venu chercher par trois différentes fois, et que c'était vraisemblablement celles qu'il lui avait vendues que l'on voyait chez lui."
    Notice chargée sans modification à partir de l'Inventaire du fonds français, graveurs du XVIIIe siècle
    Sources : Inventaire du fonds français, graveurs du XVIIIe siècle / Bibliothèque nationale, Département des estampes. Tome VI, Damontot-Denon / par Marcel Roux,... - Bibliothèque nationale (Paris), 1949, article DELAFOSSE (Jean-Baptiste), n. 55
    Sources : Inventaire de la collection d'estampes relatives à l'histoire de France, léguée en 1863 à la Bibliothèque nationale par M. Michel Hennin / rédigé par M. Georges Duplessis, 1877-1884, n. 9234
    Édition : [S.l.] , [ca 1765]
    Peintre du modèle : Carmontelle (1717-1806)
    Graveur : Jean-Baptiste Delafosse (1721-1806)

    [catalogue][https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb445462252]

Pages dans data.bnf.fr

Auteurs reliés

Cette page dans l'atelier

Sources et références

Voir dans le catalogue général de la BnF

Sources de la notice

  • Inventaire du fonds français, graveurs du XVIIIe siècle / Bibliothèque nationale, Département des estampes. Tome VI, Damontot-Denon / par Marcel Roux,... - Bibliothèque nationale (Paris), 1949, DELAFOSSE (Jean-Baptiste), n. 55